Numéro 3


Indétectable

Pour son troisième numéro, la revue Monstre devient « indétectable ». Indétectable ? Ne pas être repérable, pas quantifiable, ou perdu, oublié, furtif, ou simplement toujours là, mais ailleurs… Dans la société du tag, quand nous passons nos vies à nous identifier les uns les autres, à nous exposer puis à nous protéger de cette exposition incontrôlée, quand nos faits et gestes sont suivis, analysés, que chacun d’eux laisse une trace, l’indétectabilité n’est-elle pas un nouvel enjeu ?

Monstre est partie, bien sûr, de la nouvelle condition des séropositifs, qui peuvent obtenir grâce aux traitements une charge virale indétectable, c’est-à-dire qui n’est plus mesurable parce que le virus ne se reproduit plus assez pour qu’on puisse le repérer. Avec quelles conséquences ? Au mieux, pour les séropos, être moins contaminants. Au pire, pour les séronegs, être contaminés malgré tout, puisque indétectable ne signifie pas inexistant et que, de toute façon, tous les séropos ne sont pas sous traitement. En ce sens, l’indétectabilité est à la fois porteuse d’espoir et d’ambiguïté.

Au-delà de la question médicale, c’est le terme « indétectable » lui-même qui a interrogé Monstre. Qu’est-ce que cela signifie pour un gay de se dire « indétectable » quand tout le discours politique communautaire est construit sur la visibilité ? N’y a-t-il pas là une sorte d’ironie ? L’indétectabilité, notre nouveau placard ?

Après le coming out (dans ses deux sens : s’afficher dans le monde gay et sortir du placard), après les statuts sérologiques que l’on s’est tant efforcé de ne pas opposer, voici qu’un nouveau clivage apparaît, mine de rien, entre les séropos sous traitements et les autres. Plus encore : il s’agirait d’être indétectable tout en le faisant savoir, dans une logique de prévention du risque. Ce petit paradoxe — faire connaître son indétectabilité — fonctionne quasiment comme une métaphore de la condition gay, dans laquelle de plus en plus, et souvent sournoisement, une injonction à la discrétion et à la normalisation se fait entendre. Bizarrement il faudrait être out par fierté, mais banalisés, pour éviter la stigmatisation, les coups ou le communitarisme, selon les interlocuteurs.

Alors, comment en sortir ? En méditant, pourquoi pas, cette phrase de Felix Gonzalez-Torres : « J’ai toujours dit que je voulais être un espion. »

La Revue – Monstre 3.

Semestriel. Janvier 2011. 15€
Frais de port 3, 80€. Total 18, 80€

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close